Droit du sol

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Droit du sol ou droit du sang ? Code des nationalités ou droit des imbéciles heureux qui sont nés quelque part ? droit du plus fort ou bien encore droit de celui qui était là avant ?
Mais qui sont ces "puissants" qui décident pour d'autres ? quel monstrueux index désigne tel bébé qui pourra vivre ici, et tel autre bébé, qui sera repoussé ?
Question : doit-on parler de "droit" ou bien plutôt de pouvoir ? Ayant tourné la dernière page de "Droit du sol", BD de Charles Masson, (à lire absolument),  tout à coup je m'avise que le ciel est bien bas, tristesse, et colère, je suis bouleversée.


Pour situer l'histoire, qui se passe à Mayotte, prenons cet extrait du journal Le Monde : "Qui connait Mayotte ? Ce dernier des confettis de l'ex-Empire colonial français, égrené dans l'archipel des Comores, au nord-ouest de Madagascar, évoque des plages de sable blanc, lagon bleu turquoise, tortues marines et pêche au gros... Mais l'envers de ce décor réservé aux mouzoungou (étrangers, qu'ils soient expatriés ou touristes) est un enfer pour beaucoup d'autres. Mayotte, appelée à devenir le 101e département français depuis le référendum du 29 mars, est comme la France, sujette à l'immigration clandestine. Ici, les clandestins ne viennent pas du Mali ou de Roumanie mais de Madagascar et surtout d'Anjouan, île soeur de l'archipel. Ils traversent sur des barques dépareillées et surchargées, les kwoiça. Les passeurs monnaient chèrement le voyage, parfois au prix du corps des femmes. Chaque nuit, une trentaine de kwoiças accostent l'île.

droit du sol, source sceneario.comUne fois à Mayotte, les "clandos" tentent de survivre. En butte au mépris de la plupart des Mahorais et au cynisme de nombreux expatriés, ils fuient la gendarmerie et la police aux frontières (PAF), chargées de faire respecter les quotas - une quarantaine d'expulsions par jour - fixés par la République française." Yves-Marie Labé – Le Monde 10/04/2009.
Dans la BD "Droit du sol", vous trouverez des portraits de paumés, Pierre, Anissa, Lucie, Jacques, etc... si étonnamment brossés sous plusieurs angles... c'est comme du Picasso période cubiste, portraits à facettes multiples, vous finissez par les connaître en 3D, puis par les connaître tout court. Et puis des portraits de lucides, qui se font peu à peu leur opinion d'un désastre, milieu médical, ils contournent comme ils le peuvent les règlements obtus et travaillent en humanitaires insoumis. L'écriture est énergique et tendre en même temps, parfois, et les personnages, ceux qui sont sympathiques, vivent chacun une histoire qui monte en pression progressive. Jusqu'aux dernières pages que je préfère ne pas évoquer, tellement elles frappent fort. J'en pleure.

Droit du sol, de Charles MassonPermettez, Charles Masson, j'ai pris l'une de vos pires images, ci-contre, celle qui représente cette mouzoungou docte et bien autosatisfaite expliquant son aaart. A la fois je rigole par connivence avec l'auteur, rire sombre et sauvage, et à la fois j'ai honte de la France. Grandir loin de la France, et l'admirer à distance ...  Porter aux nues le citoyen français, de souche, et puis à sa rencontre, tomber ensuite de haut, de bien haut ... serait-ce le lot de ces jeunes comoriens ou malgaches ? Ce fut mon lot aussi, et le souvenir cuisant me revient, noiraude adolescente découvrant la France à 18 ans après l'avoir si longtemps espérée. Ma colère de jeune fille, quelques décennies après, remonte.
Mais : de la France, qu'est-ce qu'un jeune aspirant à l'immigration pourrait retenir de brillant ? aujourd'hui les clinquants téléphones portables et l'aisance financière, même par temps de crise ? ou encore les yeux bleus et les cheveux blonds ? Oh déception ! peut-être plutôt, devrait-on voir de la France terre d'accueil ... la patrie héritière de la révolution, la prise de la Bastille ? celle des prises de conscience au fil des siècles ? celle des belles lettres et des livres ? Mais pas celle du droit, pas celle du droit, vraiment !

Petite chanson, ci-dessous, de Georges Brassens, sur les imbéciles heureux...





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