2 - La figure de proue : suite et fin par Lydia

Suite de Lydia, terrifique  :
(NDRL : je l’adore, elle vous glacera le sang...)

Décidée à suivre jusqu’au bout leur pèlerinage à la fois amoureux et esthétique , je remontais mes jupes , me maudissant d’avoir troqué mon vieux jean usé contre cette tenue de bohémienne aux mille jupons démodés . Mon manque de souplesse , ma peur du vide , et surtout celle d’être découverte en plein voyeurisme me fit hésiter un instant mais ma curiosité l’emporta sur le reste et je m’agrippais tant bien que mal au pilier central de la pseudo Belle Poule , comprenez là  à la poutre qui devait me hisser à la même hauteur que mes deux aventuriers. 

Par bonheur , je n’attirai pas le moins du monde leur attention. C’est ainsi que de mon perchoir improvisé j’assistai à un spectacle inattendu.

Mes deux héros étaient tétanisés et de là où je les observais , je ne pouvais voir leur visage .  j’avais bien entendu crier , je les avais entendus crier et ce cri n’était pas le cri d’admiration d’un homme éperdu devant tant de grâce et de perfection ! c’était un cri de détresse , un vrai , un cri de douleur aussi , de désespoir , d‘anéantissement !

Immobiles , cramponnés l’un à l’autre , ils semblaient craindre quelque menace secrète  . Laquelle , vraisemblablement , se révélait à eux sous les traits de cette femme de bois à la  proue d’un fantômatique vaisseau de la marine anglaise.

Intriguée , désorientée , j’ai le vertige ! je ne peux m’avancer ni reculer. Seulement les laisser reprendre leurs esprits . Je suis prise de crampes. Vais-je pouvoir tenir longtemps à la hune de ce mât qui me martyrise les doigts tant je sens la glissade imminente !

Enfin  , je les vois échanger quelques mots et entreprendre une descente mal assurée tant leur découverte semble les avoir ébranlés.

Je pourrais , à mon tour , descendre et m’estimer heureuse de ne pas m’être rompu le cou mais cette femme -  là  à deux pas ! à la fois fascinante et pourtant terrifiante ! sirène d’un autre siècle , sirène vengeresse ? si reine et si cruelle ?

Je décidais donc à mon tour de percer son secret. Au mépris des ampoules qui me brulaient la paume des mains , je m’avançais là où les jeunes gens se trouvaient quelques instants auparavant.

La Beauté me faisait face . Son sourire me rassura . Je pensais instantanément à ces vers de Baudelaire «  "Là , tout n’est que calme , luxe et Volupté "» Que s’était-il passé ? Je me trouvais devant la Beauté , celle que l’on admire , mais aussi celle qui n’invite ni à la jalousie  , ni  à la convoitise ,  ni à l’envie ! La beauté à l’état pur , celle d’Eve dans le jardin d’Eden avant le péché originel , celle d’ Agnès Sorel , la Dame de Beauté , la Beauté faite femme , celle de  «  et Dieu créa la femme » . Comment une telle Beauté avait-elle pu arracher ce cri de bête prise au piège ? Mon regard alors se détacha de la contemplation de ce visage si serein et descendit le long du corps quelque peu abîmé par le fracas des lames d’eau contre la coque du navire. Et là , je restais médusée !

Dans les mains jointes de la Belle , offerts comme une prière au ciel , reposaient deux testicules , rabougris , desséchés , ratatinés !

Le prix à payer pour qui ne cherche que la Beauté d’une femme !