"Choron dernière"

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Georges Bernier, alias Professeur Choron, trublion Ô combien regretté, mort en 2005, évocation dans un film insolent de Pierre Carles et Eric Martin.
Aviez-vous, le front encore fleuri d'acné, découvert sous le lit de vos parents, une pile d’ Hara-kiris ? Les aviez-vous dévorés en cachette, ces journaux bêtes et méchants, en surveillant nerveusement la porte d’entrée et le pas des parents ? Fiches pratiques du professeur Choron, feuilleton de Léopold et Carmen, articles impertinents, paillards, culture de la dérision et de l’absurde, antidotes rigolardes un rien vulgaires, contre les discours moralisateurs de tous bords. Journaux interdits aux enfants par leurs parents, pour les inciter à les voler (je plaisante). Si vous avez grandi avec Hara-Kiri, que vous regrettez, et puis Charlie-Hebdo, vous aimerez ce documentaire un brin réparateur, pas de doute

Une mention champagne à Pierre Carles et Eric Martin, pour ce film documentaire, « Choron dernière »,  d'une part hommage rendu à un libre-penseur qui manque terriblement, d'autre part leçon habilement montée séquence après séquence, sur le pouvoir de l’argent dans le milieu des impertinents dans la presse d’aujourd’hui. J’ai choisi de lister pêle-mêle mes impressions à chaud sur ce film :

 

-          Sur le portrait de Choron : incroyable, dans mes souvenirs d’enfant voleuse de Hara-kiris, Choron, n’était qu’un vieux chauve dégueulasse et sans limites qui réveillait en nous la jubilation de transgresser les règles établies. Voilà qu’à présent, il est touchant et beau. Aurais-je pris un coup de vieux ? ou bien doit-on cette évidence de beauté à la caméra de Pierre Carles ?  J’ai adoré le passage où Choron retourne, sur la fin de sa vie, dans son village natal, et sa douceur, surprenante, quoi ? il est gentil et tendre, Choron ? il rend visite à une vieille amie habitant le village, 70 balais minimum, Simone, à l’improviste. Elle est un peu en colère d’être filmée avec ses bigoudis et son tablier. Et lui qui sourit. Et qui répète en se marrant « t’es belle, Simone » … Mais vraiment, sans blagues, elle l'est, belle, c’est fou, ça ! voilà un seigneur, Choron, né prolétaire, puis dirigeant un journal tirant à 250 000 exemplaires, et il continue, tête dure, prolétaire et seigneur, tantôt craquant son fric à tous vents, tantôt en manquant cruellement, criblé de procès et de dettes. Tant d’impertinence lui confère une noblesse, celle qui ne s’hérite pas. Enfin, selon Pierre Carles, le dessinateur Vuillemin serait fils spirituel de Choron, question fronde, causticité, humour etc

-          Sur les caciques de la presse, n’ayons pas peur des mots, sur Val, patron repreneur de Charlie-Hebdo, et ses camarades suiveurs, abandonnant Choron à ses dettes, quelle gène manifeste dans les silences devant la caméra, les visages fermés, les hésitations, voire la morgue ou tranquille assurance… on reconnaît le filtre insolent (ou simplement électron libre) du réalisateur Pierre Carles, décidément maître dans l’art de soulever l’omerta. Question insolence et liberté de Pierre Carles, je repense à l'insolence no limit de ces deux personnages paumés de Léopold et Carmen, dessinés par Fred, violents et marginaux cultivant l'absurde. Des va-nus-pieds toujours en chemin. Pierre Carles aussi, toujours à cheminer dans les zones interdites. Et pour l'absurde, tiens, c’est marrant, les deux dessinateurs Cabu, et Wolinski, ainsi que Val, directeur de publication de Charlie-Hebdo, ont déposé plainte contre Pierre Carles, non pas pour le contenu de son film, mais pour l’affiche du film, qui mentionne leurs noms. Ceux-là même qui, en 2007, prônaient la liberté de diffuser les caricature de Mahomet. Pour leurs noms sur l'affiche de "Choron dernière", ils ont été déboutés.

-          Au passage, ça et là, maintes rigolades attendries, tout au long du documentaire, notamment à la rediffusion de l’émission « droit de réponse » en 1982, quand Choron s’en prend à des jeunes, pour leur critique un peu creuse, les traitant de cons.

Des héritages ... Choron héritier des dadaïstes, selon Pierre Carles, héritier d’Alphonse Allais,  je cite Allais « Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi, / Parle et bois du gin ou cent tasses de lait froid. » Drôle mais pas aussi insolent et révolutionnaire que Choron ! ou encore : Choron héritier de l'écrivain irlandais d'origine anglaise, Jonathan Swift, fou provocateur, père de Gulliver, et qui en 1729, suggérait de manger les enfants, « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays, et pour les rendre utiles au public »

   « Choron dernière » est parsemé de propos à contre-courant de la morale, comme ça fait du bien, je vais beaucoup mieux qu’avant d’entrer dans le cinéma, ce film vous remet les idées en place, enfin, c'est-à-dire sans place particulière, faites donc ce qui vous semble juste, selon vos instincts, y compris les plus libidineux, mais stop aux faux semblants, hein ! et moi je stoppe mon compte rendu, pour ne pas vous dévoiler trop du film. Et vous conseiller vivement d’aller le voir. Prochaines projections annoncées sur le site du distributeur : http://choronderniere.com/avantpremieres.html.

- Semaine du 22 avril 2009 à SEMUR EN AUXOIS - Festival de la BD ; en présence de nombreux invités du Festival (dessinateurs, scénaristes, éditeurs etc)

- 28 juin 2009 à MELLIONNEC - Rencontres du film documentaire de Mellionnec ; en présence de Henri Montant dit Arthur

 

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