Cinéma : Le passé

Publié le par Adelie

Le passé"Le passé", drame racinien, réflexion sur la conjugaison des temps

A saluer, ce film remarquable, signé du réalisateur iranien Asghar Farhadi. On ne s'ennuie pas un instant, tant les personnages sont forts et attachants. Chacun d'entre eux nous révèle peu à peu des surprises. Et ces surprises contribuent à donner à l'intrigue une complexité tissée de dilemmes très humains, d'une part, d'autre part une cadence très soutenue. Le film est à la fois pesant (tension quasi permanente) et tonique (grande vivacité des protagonistes). 

Le pitch ? Ahmad arrive en France à la demande de sa femme dont il est séparé depuis 4 ans, pour assister à leur jugement de divorce. Seulement Ahmad arrive dans un univers en plein chaos, la maison de Marie est en chantier, sa vie également. Sa jeune fille Lucie est extrêmement perturbée, mais le petit Fouad aussi, dans une famille recomposée qui ne parvient pas à s'extraire de ses passés. Chacun observe les autres, chacun en proie à ses doutes. Chacun tenant à la fois un bout de son passé avec attachement, et chacun souhaitant intensément vivre son présent. 

Un grand bravo à Fouad, le petit garçon, joué par le jeune Elyes Aguis, personnage apparemment secondaire mais pourtant personnage-clé, dont le regard cadence régulièrement le film. Un peu plus secoué que les autres, parfois souffre-douleur, parfois témoin discret, il rue dans les brancards, il est la sagesse même, alors qu'il trinque régulièrement lors des engueulades des adultes. Dans la catégorie "films joués entre autres par des enfants", ne pas louper celui-ci, au moins pour Fouad.

Loin de moi l'envie de dévoiler la fin, mais tout de même, un instant j'ai craint ce genre de fin qui n'en est pas, et qu'on voit hélas souvent dans le cinéma d'art et d'essai, où les réalisateurs sous couvert de langage symbolique ou de modernisme, vous laissent vous enquiller le travail d'imaginer la fin, vous balancent donc le générique n'importe quand, en plein milieu de la dernière action, et débrouillez-vous... Mais là, dans "le passé", c'est comme qui dirait retour vers le futur, si on réalise que la fin ne peut qu'être une conjugaison au présent d'un passé qui reste présent... comprend-on ? le passé vous laisse tant de marques, à vous de les aménager dans votre présent pour que ce dernier puisse librement respirer, n'est-ce pas ? j'espère ne pas être trop sybilline, tout en vous mettant sur la piste ? la fin du film est une belle démonstration des permanences du passé, et des ouvertures du présent. "Coupe ! Coupe ! (le passé)", conseille Shahryar, l'ami iranien... Jouons avec l'hélico, se disent les gosses... pensons à notre futur bébé, se disent les amants...  serre-moi la main tout de suite dans ta main si tu peux sentir mon parfum, dit le mari à sa femme endormie... autant de vies, autant de vigueurs, vraiment quel film étonnant, au milieu des Fast and Furious et autres thrillers ou comédies convenues, vraiment un film qui vaut le détour !

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