Le Moringue

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Si la violence des sports de combat rebute certains esprits sensibles, leur faisant détourner le regard, tel ne devrait pas être le cas pour le moringue réunionnais, à mi-chemin entre danse et mimétisme.
Un jour, peut-être un jour de mai 1981, alors que les gens dansaient pour l'élection d'un président français, ici, à la Réunion, je déambulais dans une rue de Saint Denis, quand le son rythmé du "roulér" guida mes pas, curieuse, une cadence qui n'était pas celle des partisans politiques de tel ou tel bord, plutôt une danse qui défoule d'une foule de soucis, une danse libératrice, on aurait dit ... quartier de la source, mai 1981, donc, je pénètre dans cette modeste case en tôle ondulée, fragile, dont les minces cloisons tremblent aux coups sourds de la percussion ; ces coups vous pénètrent par les pieds, aussi, et vous remontent dans le ventre, ça vous envahit.
Une foule de jeunes gens s'écartait en centre de la pièce pas très bien éclairée, dessinant un rond libre dans lequel deux danseurs torse nu s'affrontaient. Le thorax en avant, le jabot, devrais-je dire ? tant ils ressemblaient à de grands coqs de combats ? ils s'élevaient du sol, aériens et venaient cogner en plein vol leurs bustes bombés. Redescendant ensuite dans une logique bizarre, harmonieuse, une chorégraphie de pirouettes et d'esquives, ils repartaient paradant, se surveillant du coin de l'oeil, grattant parfois le sol en se dévisageant avant un nouvel assaut.
Ce n'est pas un combat, j'en ai la certitude, plutôt un jeu sans gagnant ni perdant. A force, j'ai l'impression que les danseurs s'enivrent de leur danse. La foule aussi. Le jeu consisterait-il à retrouver les gestes des ancètres réunionnais ? En aucun cas, ici, on ne fête une quelconque victoire politique française, non, rien de ça, juste une intime connivence sur des cadences qui quelques fois s'endiablent, ensuite reprennent leur train plus régulier.
20 septembre 2009, devant la case Desbassins (Musée De Villèle) : Ernaud IAFARE et ses élèves moringueurs, ainsi que quelques danseurs de moringue venus de quelques troupes, donnent un spectacle, j'y vole, avec un appareil photo... Ci-dessous quelques images :
- commençons par le salut : les deux danseurs se regardent à bonne distance et lèvent les bras vers le ciel en même temps...






- ignorant les termes techniques (voir plus bas, je donne une bibliographie), j'utiliserai les miens, voici la parade dans laquelle les deux coqs décrivent au sol une élégante révérence en arabesque, comme s'ils grattaient la terre...
- puis, ci-dessous, les pirouettes et autres esquives, notez surtout le sourire du danseur en bleu.... preuve que nous ne sommes pas au combat, mais dans un espiègle simulacre, qui quand même en dit long ...

- et pour finir, ci-dessous, plus bas, l'assaut magistral, le grand jeu supérieur, l'ascenseur suprême, le bombage de torse en plein vol, le festival, l'apothéose... voir ci-dessous ...



















Bibliographie : DREINAZA, Jean-René : Techniques et apprentissage du moring réunionnais - Ed. Océan, octobre 2000.

(cliquez sur la couverture du livre, j'ai mis un lien vers livranoo.com, qui le propose sur son catalogue en ligne)

Publié dans La Réunion

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