Le joueur de xaphoon

Publié le par CD

 photo tirée de Wikipedia

A 8 ans, il ne voulait qu'une seule chose, jouer du saxophone ! Mais comment peut-on jouer du saxo, disait le professeur, quand il vous manque une dent de lait sur le devant ? Attends d'être plus grand ? Alors, oui, il attendit, mais longtemps, il entra donc dans le cours de piano classique, et chaque année, lors de l'audition publique du conservatoire, il faisait pâlir ses professeurs, en annonçant une surprise... ce petit bonhomme s'appelait Arthur, il s'avançait sur la scène, avec son ami Karel, et tous deux entamaient une composition de jazz non prévue sur les programmes. C'était même devenu une tradition, et finalement, tout le public du conservatoire attendait, à chaque audition, année après année, qu'Arthur et Karel, devenus deux ados dégingandés, abandonnent un temps Beethoven, Haydn, Chopin, pour un "summertime" déjanté, ou une composition de leur cru, deux rebelles pour un piano...
Arthur, à présent étudiant, possède enfin un sax, minuscule, dans sa poche, pour jouer "Summertime" où qu'il aille, de Budapest à Timisoara ou Verone, un saxo de bambou... le maui xaphoon... ci-dessous, un court texte qu'il m'a envoyé :
Arthur, 24 ans, jouant du Xaphoon"Il en avait rêvé trois fois cette semaine… au beau milieu de la nuit, le jeune hawai'ien se leva et alluma la lumière. Sa petite habitation, il l'avait bâtie lui-même, sur l'île de Maui entre les deux volcans. Le regard de Brianu se promena dans la chambre et croisa encore une fois le saxophone brisé. Il l'avait fait venir de San Francisco deux ans plus tôt. A présent, l'instrument gisait inanimé, laissant seul son musicien essoufflé et orphelin.

Le rêve lui revint : le demi-dieu Maui, celui qui avait fait émerger l'île selon les légendes des Pères, lui apparaissait régulièrement en songe et lui remettait un morceau de bambou qu'il tirait du fond des eaux à l'aide de son grand hameçon Manaiakalani. Comme malgré lui, Brianu systématiquement plaçait la tige de bambou entre ses lèvres tandis que l'univers se remplissait du chant joyeux de Maui. Le regard perdu sur les anches désormais inutiles du ténor, il avait encore les vibrations du bambou de ses rêves qui faisait tressaillir ses lèvres.

Il sortit et courut en pleine nuit à son waka, pirogue qu'il avait sculptée avec ses frères. Encore ivre de son rêve et comme habité par l'esprit de toute l'île, il rama et poussa le waka jusqu'à mi-distance entre Maui et la petite Kahoolawe sur laquelle il était interdit de débarquer. Là, à mi-chemin, il s'arrêta. Epuisé, il regardait derrière lui son île qu'il avait distancée. Son rêve était aussi bien loin, noyé par l'écume froide qui avait baigné le visage de Brianu. Il s'allongea dans le fond de son waka et contempla les étoiles. L'Hameçon de Maui que les continentaux nomment Scorpion, occupait le centre de l'espace infini. Sans s'en rendre compte, le hawai'ien disparut en lui-même : il dormait à nouveau et l'embarcation dérivait au gré des courants berçant doucement le rêveur.

Maui descendit à nouveau. Il tenait le petit waka de Brianu dans sa main. Le Dieu magicien souffla alors d'un souffle chaud et la main du jeune homme se referma sur l'instrument de bambou. Les étoiles seules ont vu la scène et les montagnes des îles Hawaii furent les seules à sentir le souffle de Maui sur leur flanc. Brianu Witu-Mânu serra plus fort tandis qu'il ouvrait les yeux. Il porta la main au dessus de son visage et vit le Maui Xaphoon se détacher sur les constellations du ciel immense. Ne souhaitant pas vraiment se réveiller, il ferma à moitié les yeux, mit l'instrument entre ses lèvres et souffla. La douce réalité du chant qui s'échappa de l'instrument le souleva malgré lui et l'assit face à l'horizon. Brianu jouait, seul sur le waka qui attendait entre Maui et Kahoolawe. Au loin, le ciel s'éclaircissait et le soleil apparaîtrait bientôt sur la miraculeuse naissance du Maui Xaphoon." - Arthur Mary
Pour écouter Arthur dans une imitation de chant indien "Tarana"(*) avec en post enregistrement, son propre accompagnement au xaphoon : http://fr.youtube.com/watch?v=tQX2qZHO4EU
(*) taranas ? - ce sont des chants rythmiques sur des onomatopées qui donnent une indication sur la nature du battement ou de la manière de le jouer au tabla... c'est presque comme si on chantait "croche, double -bien marquées - longue, blanche triolets secs"
Dossier Christine Dujardin
Pour écouter trois enregistrements d'Arthur sur youtube :
http://www.youtube.com/watch?v=mjucP1k0oDc (officiellement la première version enregistrée publiquement de summertime au xaphoon, à Budapest...)
http://www.youtube.com/watch?v=mjucP1k0oDc (une version de summertime tout de même plus agréable à écouter)
http://www.youtube.com/watch?v=33kWvUfdjdU (prouesse technique : il s'accompagne au xaphoon et au piano devant la caméra)

 

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