Dossier Jacots

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Au son du tambour, quand ils parcourent les rues, leur danse extatique fait reculer la foule ; adultes et enfants, les regards sont graves. Je me suis approchée et comme les autres, j’ai reculé avec mélange de respect, crainte, ou autre… ils roulaient au sol. Quelqu’un avait déposé puis enflammé sur la route ça et là, de petits cubes d’encens, et les tambours avaient accéléré la cadence. Puis des gens ont jeté des pièces de monnaie au sol, et les Zakos,  à tour de rôle, se sont contorsionnés pour ramasser l’argent. Avec les mains, prestement, en rampant. Le plus souvent, c'est avec la bouche, goulument, roulant des yeux, qu'ils ramassent la pièce ! C'est ce qui m'a bouleversée, cette relation avec l'argent, si bas, sur le sol. Je surveille la foule à la dérobée, comme j'observe les zakos, aussi à la dérobée, et tous sont comme moi, fort impressionnés. Eté austral 1982. Une rue du centre de Saint Benoit.

Personnages terrifiants, et en même temps méprisés, investis d’un pouvoir mystérieux, ils me restent dans la mémoire, le regard fou, le rire sinistre, impulsif.. Généralement, ils sont deux, le corps peint et la culotte agrémentée d’une sorte de queue. Le dictionnaire illustré de la Réunion décrit le « Jacquot » de la façon suivante : « …vêtu d’un langouti, le corps recouvert de peintures à l’huile de toutes les couleurs, les chevilles entourées de clochettes, les reins ceinturés d’une chaîne, les mains armées de griffes d’acier, les cheveux cachés sous un morceau de tissu, les oreilles décorées de cartes à jouer »…

Certains racontent qu’autrefois, dans la cour de l’usine sucrière de Bois Rouge, près de Saint André, les jacots venaient parfois danser. Ils n’étaient pas deux, mais trois, deux hommes et une femme. Les deux hommes simulaient une bagarre pour obtenir la femme, qui comme eux, se roulait par terre au son du tambour.

Pas un spectacle pour touriste, non, mais un rite profond, et mystérieux.
Vous trouverez ici, dans les semaines qui viennent, un dossier passionnant, j’espère, sur les Jacots.
Christine Dujardin

Danse Jacot danse
(poème de Jean-François Samlong)

 

Je ne veux pas que tu penses

Que je ne dors pas la nuit

Que mes yeux brûlent les flamboyants

De mon île en marche sur le feu

Mon île aux vingt-six mille regards

Qui exhalent un souffle désespéré

Ma main dans vos mains ouvertes

Réconciliation pour un clin d’œil sonore

Qui jette une ombre sur toute âme

Au diable les désirs de conquête

La vie prisonnière de vos mains

Des doigts se croisent sans se voir

Verse du lait sous mes pieds

Verse du lait de coco en abondance

Et coupe quatre citrons galets

Aux quatre portes de ma vie


(...) suite dans
le dossier "les Jacots dans la littérature"

Publié dans La Réunion

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