Le chant des coqs de Palmiste Rouge

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au long du sentier du DimitileIl ne faut pas avoir peur d'une randonnée au Dimitile, depuis les hauteurs de l'Entredeux, petit village de l'ouest de la Réunion, vers l'arrête du cirque de Cilaos. Si j'affirme qu'il n'y a rien à craindre, c'est que j'ai pu, moi non sportive, faire les quelques heures de marche que d'aucuns m'avaient décrites comme affreuses. Le secret est de prendre le sentier de la Chapelle... bien plus facile que celui de "la grande Jument" ou du "zèbre"... C'est un très joli sentier de sous-bois, gorgé d'eau, moussu, où l'on peut se croire poisson, tant le milieu est humide, le vert menthe à l'eau, la mousse qui pend des branches fraiches encore couverte de gouttelettes.
Les montées par petites marches taillées dans la terre humide, alternent avec de longs passages sur du plat, ce qui permet de ne pas sentir l'effort. Nous avons à plusieurs reprises surplombé la piste des 4x4, en nous réjouissant de la beauté extrême, presque violente, de la végétation, comparée au chemin de pierre en contrebas, sur lequel hurlaient quelques moteurs de quads intempestifs, laissant ensuite place au silence, je veux dire au chant des tecs tecs et des bulbuls et au murmure de la brise dans les arbres.
cheminée du gite Emile, au DimitileLe gite de Monsieur Emile se situe non loin du sommet du Dimitile. Il est doté ... d'une grande cheminée, très appréciable le soir, pour réchauffer la randonneuse frissonnante aux chaussettes humides. Après une nuit en chambrée un peu agitée (on ne peut éviter le risque de rencontrer d'autres groupes de randonneurs, certains faisant par leurs conversations animées, trembler les cloisons des dortoirs... c'est inévitable, ils sont venus pour "s'amuser", et chantent en levant leurs verres, vas-y Francky, vas-y)... mais qu'importe, dehors la Nature est un grand théâtre qui change son décor dans la nuit, pour nous surprendre au lever, alors qu'importe le voisinage aviné, du moment qu'on a assez de réserves pour se lever tôt et bien avant l'aube, alors qu'ils dorment tous encore, monter vers le plus haut sommet ? Depuis le gite de monsieur Emile, il faut continuer sur la piste 4x4, en direction de la Chapelle (voir plan de l'Office de Tourisme, à la fin de cet article).
Vue du village de Palmiste Rouge, depuis le DimitilePuis sur la droite, opter pour un sentier très raide qui monte vers l'arrête de la montagne. Ne pas se décourager... même s'il est tôt et qu'on a le ventre vide, et qu'on s'essoufle à grimper, ça ne dure que quelques minutes, à peine dix minutes et : la surprise est de taille ! tout le cirque de Cilaos s'éveille devant vous ! et en tendant l'oreille, on entend chanter, déjà, les coqs de Palmiste Rouge, petit village situé sur la gauche de Cilaos.
Mais : peut-être vous demandez-vous qui est ce Capitaine Dimitile, qui a donné son nom à un Sommet de l'île ? ... l'historien Prosper Eve, dans son ouvrage "Les esclaves de Bourbon", cite à plusieurs reprises Dimitile, grand chef marron. Dimitile signifie "le guetteur" en malgache. En 1743, c'est une troupe de 24 marrons (c'est ainsi que l'on appelait les esclaves qui s'évadaient dans les montagnes), que Dimitile commande, avec le titre de Capitaine. Cette même année 1743, Dimitile enlève la jeune esclave Jeanneton, qui, apparemment non consentante, s'échappe et décrit ensuite ceci :" La bande de Dimitile est composée de vingt-deux marrons, en famille pour la plupart, ils avaient à ce moment peu de fusils et faisaient des balles avec des assiettes d'étain, voyageant avec des rondelles de songes séchées au soleil et enfilées dans des brins de feuillage."
Le Dimitile domine le cirque de CilaosLe sentier que nous avons suivi est fléché "camp marron". Une association, "Capitaine Dimitile", met en valeur l'endroit, espérons qu'elle empêchera les 4x4 de trop polluer ? par le bruit, la fumée, qui parfois monte de la piste en contrebas et se loge dans la forêt... Le 4x4, lorsqu'il est utilitaire, servant à alimenter en eau potable ou en nourriture des habitations éloignées, est un moyen formidable ; cependant, lorsqu'il est un jouet qui fait vroum vroum et permet de soulever de la poussière, sauter de roche en roche et griser les occupants, ne fait-il pas trop de tort à l'écosystème, en regard du simple plaisir individuel qu'il pourrait procurer ? un exemple d'écosystème : une conversation surprise par nous, entre un tec-tec et un autre oiseau de la forêt, manifestement d'une autre famille... ou encore, le fanjan, tronc de la fougère arborescente, nourrissant le reste de la forêt ... ce frêle équilibre qui dure depuis des siècles, en quelques mois ou années, ne serait-il pas détruit par les vrombissements et fumées de gasoil ?
Pour l'heure, il faut, c'est incontournable, aller marcher sur ce sentier, respirer la brume qui s'échappe à chaque brise légère, depuis les arums des minuscules ravines, vers vos narines étonnées. Ce sentier sent bon, et il faut bien que ce soit pour toujours.
Fleurs de bringéliers et fougèresarum au bord du chemin

 

 

 

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DEFAIX 06/10/2009 16:04


Hello Christine,

Je me régale de lire le contenu de ton blog, de plus en plus complet et varié De plus, j'ai le bonheur de découvrir que tu aimes marcher, photographier, écouter, humer la nature Grâce à toi, je
peux encore rêver de la Réunion  à défaut d'y retourner Encore, toutes mes félicitations pour ton blog Sophie


07/10/2009 12:04


Merci, ma copine