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Mercredi 12 juin 2013 3 12 /06 /Juin /2013 18:21

Le passé"Le passé", drame racinien, réflexion sur la conjugaison des temps

A saluer, ce film remarquable, signé du réalisateur iranien Asghar Farhadi. On ne s'ennuie pas un instant, tant les personnages sont forts et attachants. Chacun d'entre eux nous révèle peu à peu des surprises. Et ces surprises contribuent à donner à l'intrigue une complexité tissée de dilemmes très humains, d'une part, d'autre part une cadence très soutenue. Le film est à la fois pesant (tension quasi permanente) et tonique (grande vivacité des protagonistes). 

Le pitch ? Ahmad arrive en France à la demande de sa femme dont il est séparé depuis 4 ans, pour assister à leur jugement de divorce. Seulement Ahmad arrive dans un univers en plein chaos, la maison de Marie est en chantier, sa vie également. Sa jeune fille Lucie est extrêmement perturbée, mais le petit Fouad aussi, dans une famille recomposée qui ne parvient pas à s'extraire de ses passés. Chacun observe les autres, chacun en proie à ses doutes. Chacun tenant à la fois un bout de son passé avec attachement, et chacun souhaitant intensément vivre son présent. 

Un grand bravo à Fouad, le petit garçon, joué par le jeune Elyes Aguis, personnage clé dont le regard cadence régulièrement le film. Un peu plus secoué que les autres, parfois souffre-douleur, parfois témoin discret, il rue dans les brancards, il est la sagesse même, alors qu'il trinque régulièrement lors des engueulades des adultes. Dans la catégorie "films joués entre autres par des enfants", ne pas louper celui-ci, au moins pour Fouad.

Loin de moi l'envie de dévoiler la fin, mais tout de même, un instant j'ai craint ce genre de fin qui n'en est pas, et qu'on voit hélas souvent dans le cinéma d'art et d'essai, où les réalisateurs sous couvert de langage symbolique ou de modernisme, vous laissent vous enquiller le travail d'imaginer la fin, vous balancent donc le générique n'importe quand, en plein milieu de la dernière action, et débrouillez-vous... Mais là, dans "le passé", c'est comme qui dirait retour vers le futur, si on réalise que la fin ne peut qu'être une conjugaison au présent d'un passé qui reste présent... comprend-on ? le passé vous laisse tant de marques, à vous de les aménager dans votre présent pour que ce dernier puisse librement respirer, n'est-ce pas ? j'espère ne pas être trop sybilline, tout en vous mettant sur la piste ? la fin du film est une belle démonstration des permanences du passé, et des ouvertures du présent. "Coupe ! Coupe ! (le passé)", conseille Shahryar, l'ami iranien... Jouons avec l'hélico, se disent les gosses... pensons à notre futur bébé, se disent les amants...  serre-moi la main tout de suite dans ta main si tu peux sentir mon parfum, dit le mari à sa femme endormie... autant de vies, autant de vigueurs, vraiment quel film étonnant, au milieu des Fast and Furious et autres thrillers ou comédies convenues, vraiment un film qui vaut le détour !

Par Adelie - Publié dans : cinéma
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Mercredi 13 février 2013 3 13 /02 /Fév /2013 18:40

alcesteAlceste le misanthrope, version 2013, un bon film français. Où le ton affecté d'un Luchini passe très bien, tout à fait adapté au point que l'on peut même oublier que c'est Luchini, pour ceux que l'acteur agace. Une distribution judicieuse, donc, et un scénario élégant, intelligent. 

Serge (Fabrice Luchini) et Gauthier (Lambert Wilson) ont tous deux des points communs singuliers avec les personnages de la pièce de Molière, Alceste, le misanthrope et Philinte, le béni-oui-oui qui accepte les pires aspects de notre société. Et justement, ils vont ensemble répéter à tour de rôle, les rôles d'Alceste et de Philinte. Ce qui donne lieu à des échanges bavards, certes, mais Molière, acceptons-le, c'est bavard ! On n'a plus trop l'habitude, à force de regarder des thrillers américains ou des comédies faciles, de suivre des films à texte. Or justement l'intérêt est ici dans le texte. Il ne faut pas longtemps au spectateur, de toutes façons, pour comprendre la problématique du film, puisque la clé de la réflexion est offerte assez vite : finalement l'intransigeant Alceste n'est-il pas le plus optimiste de tous, puisque lui au moins, conçoit que la nature humaine pourrait être bien meilleure qu'elle n'est, hélas. Quant à Philinte, à force d'admettre toutes les pires bassesses de l'être humain, n'est-il pas un pauvre pessimiste, un desperado irrécupérable ? Lequel des deux porte en lui le plus d'espoir, et comment l'histoire va-t-elle les rattraper l'un comme l'autre ? Edifiante sera la chute du film...

Un petit coup de chapeau à la gentille moquerie sur les téléfilms français. Gauthier est l'acteur coqueluche d'une sorte de série télévisée où il joue le rôle d'un génial médecin du cerveau. Scénario convenu, répliques attendues, mièvrerie, tous les ingrédients du navet sont présents. Et Luchini de se gausser, suffisant, là il est vraiment Luchini, hors du rôle, le même qui passe et fait le buzz dans les émissions de télé, mais pas longtemps, et plutôt sobrement, fait rare, de plus l'instant est fugitif, très vite il se calme et à nouveau il est bel et bien Serge, celui qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Alceste.

alcestemarre.jpgQuant au reflet de notre société actuelle, il est bien présent dans le film, avec notre nouvelle expression à la mode "J'EN AI MARRE !"... Eh oui, bingo, il l'a dit, Alceste, tombant de vélo, ce "j'en ai marre" que vous entendez à présent partout, dans le métro, en voiture, au marché. Ce "j'en ai marre" expression-bilan, d'une dépression globale qui vous cerne par surprise, vous, passant, spectateur impuissant, qui vous sentez cependant vaguement concerné. T'en as marre de quoi, précisément ? la question est intéressante, car si celui qui en a marre ne précise pas l'objet de son ressentiment, il est facile alors d'imaginer que ce ras-le-bol est général, vous englobe vous aussi, pauvre passant qui croisiez la route de l'énervé. Peuple de déprimés, peuple de misanthropes, est-ce ainsi que nous muterons tous en 2013 ? avec ce gémissement quasi enfantin "j'en ai marre", sans trop identifier la cause : ras la casquette, plein le dos, j'en peux plus, je vous hais tous ! grrrrrrrrrrrr.... 

Vraiment ce film vous laisse un parfum longtemps après, une réflexion posée sur le bien et le mal, on a envie d'y repenser encore. Du bon cinéma, enfin.

Par Adelie - Publié dans : cinéma
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Vendredi 1 février 2013 5 01 /02 /Fév /2013 16:25

tango libreCinéma : "Tango libre", vraiment libre !

Où le tango argentin respire la liberté, même au sein d'une prison ! Remarquable film du réalisateur belge Frédéric Fonteyne, remarquable par son côté pictural, si simple et naturel, qu'à coup sûr personne ne pourra l'égaler...

Avec un synopsis qui tient de la fable, où même la chute importe peu, et la vraisemblance non plus, tant l'histoire tire sa force de la peinture à laquelle se livre la caméra.

Filmer la danse, voilà le défi, et il est réussi, le résultat est tout simplement fascinant : grâce à de nombreux plans rapprochés, les corps des danseurs révèlent à la caméra forces et fragilités, timidités, audaces. Des mouvements particuliers, des frémissements à peine esquissés. Une sensualité quasi constante ! - l'actrice principale, Anne Paulicevich, est un cadeau pour ce film, non seulement parce qu'elle est fluide, souple, insolente à souhait, mais aussi peut-être parce qu'à son insu, sa personne, sa propre personne, bien en amont de son interprêtation de comédienne, dégage expressément cette émotion qui va bien avec le tango, et spécialement le tango "libre"...

Comme la liseuse de Van GoghCe nez un peu long lui donne ce profil un rien "pointu" dans le genre de celui de la petite liseuse de Van Gogh, petit air secret et volontaire à la fois...  ce nez explose de sensualité, il est fou, ce nez ! alors cela suffit vraiment... on le sait déjà, dés les premiers plans où elle apparait, Anne Paulicevich, le film aura le ton juste, c'est gagné, porté dés la première séquence où elle apparait, où la caméra monte lentement depuis ses pieds jusqu'à ses jambes... 

Mais il n'y a pas qu'Anne Paulicevich : les autres acteurs sont aussi révélateurs à leur insu. Vous diriez dans un premier temps : mais pourquoi faire danser le tango par des obèses ? certes, presque tous présentent une nette surcharge pondérale, ces danseurs ! Mettons à part le gardien de prison, JC, qui n'est tout de même pas maigre, en tous cas les autres sont pas mal ventripotents et charnus, à commencer par l'acteur espagnol qui joue "Fernand", Sergi Lopez, excellent, mais aussi "Dominic", joué par le belge Jan Hammenecker, bien consistant, sans compter le prisonnier argentin joué par Mariano "Chicho" Frumboli, grassouillet aussi. Au moins ça semble de la chair ferme, des ventres bien tendus, pas mollassons, pas flasques. De l'épaisseur et virile en plus. Une danse des éléphants, c'est ça, le tango ? En fait le choix de tous ces gros est fort intéressant, cela confère de la puissance aux pas de danse, c'est émouvant quand les corps se rapprochent, gros mais puissants comme deux cargos, comme des baleines effrontées pleines d'audace, lentes et rapides à la fois, et leurs pieds sur le sol, ça tape lourdement et pourtant l'impression laissée est bel et bien la légèreté et l'envol.

Ces gros qui dansent, c'est amusant de penser que justement, dans le tango, c'est le poids du buste du danseur qui guide la partenaire, et non ses bras, ou ses mains, mais bien le poids de son corps. Alors si ce poids est conséquent, la danse prend une allure de charge puissante, élégante mais puissante.

A voir, cet extrait vidéo qui montre l'une des séquences clé du film. Le tango est dansé entre hommes, et pour cause, puisqu'on se trouve dans une prison pour hommes. Historiquement au début du XXème siècle, quand les immigrants argentins dansaient le tango, ils le faisaient souvent entre hommes, ayant peu de femmes possibles comme partenaires. Ils se faisaient donc concurrence, une femme pour sept hommes, dit-on dans le film. Un film à ne pas manquer ! 

Par Adelie - Publié dans : cinéma
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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 15:23

fenetre1 Juillet 2011 - Bangkok, la ville aux gratte-ciels débridés, conserve aussi de vieilles maisons aux fenêtres enchassées dans les moulures, protégées du soleil sous les dentelles des lambrequins, et ... empêtrées dans les fils électriques, omniprésentes toiles d'araignées...

Ici, une maison non loin de la rivière Chao Phraya, dans la vieille ville, face au temple Arun. Les habitants des premiers étages n'ont qu'à étendre la main pour toucher les câbles électriques. Après avoir beaucoup regretté leur présence sur mes photos, j'en ai pris mon parti, voire même, j'y ai trouvé un intérêt, comme si ces vieilles fenêtres étouffées par la fée electricité, exigeaient d'avoir tout de même leur place quelque part pour laisser planer encore quelques secrets, quelques regards...

Voici donc ci dessous une petite collection de fenêtres, de Bangkok à Chiang-Mai...

Certaines façades ne se contentent pas de se cacher derrrière des réseaux de fils électriques, elles arborent également d'énormes boîtes de dérivations suspendues entre deux poteaux. Le quartier chinois de Bangkok est incroyablement câblé

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Affecteraient-elles, ces fenêtres, de croire être entourées de filins de marine à voile, de haubans de navires en partance, après tout, la ville de Bangkok est bâtie le long d'une grande rivière très parcourue, et puis l'atmosphère est chargée d'humidité, le crachin de la pollution, ou bien celui que le Chao Phraya emporte souleve avec le vent,... Bangkok-sur-mer ? 

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Dans d'autres courts articles, promis, je vous emmène voir d'autres fenêtres de Thaïlande, non contrariées par les éclectiques toiles d'araignées. Et puis des buildings aux cîmes fantaisistes, et des maisons sur pilotis le long des klongs (canaux dans la ville, qui font de Bangkok une Venise asiatique).


Par Adelie
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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 12:32

larouiUne année au Lycée Lyautey de Casablanca. Un petit marocain épris de lecture, arrive à l'internat de Lyautey, lycée français, accompagné, en guise d'offrande, de deux dindons ligotés par les pattes. Un coup de Mokhtar, son oncle. Tout ignorant qu'il est, ce Mokhtar, dans sa grande djellabah marron, il sent la nécessité de marquer cet enfant dés son entrée chez les français, d'un geste de savoir-vivre oriental. Tout pauvre qu'il est, il a le panache, ce geste large et fier dont les riches sont parfois incapables. Offrir des dindons. Une fierté pour lui, donateur, mais une honte dans tout le lycée, pour l'enfant ainsi distingué. La "rh'chouma" (en arabe, la honte) ou la fierté.

Ce roman se lit d'un trait, il vous attache le coeur, et vous laisse des échos longtemps. Ceux de tous les enfants décalés, jetés seuls au milieu de la foule du lycée, à assumer leurs différences.

La première différence de Mehdi, le personnage du livre, c'est d'être accro à la lecture, au point de lire de son propre chef, tous les classiques qui lui tombent sous la main. Il est bien entendu premier de la classe. La deuxième différence de Mehdi, c'est celle de la langue : curieusement, il ne comprend pas bien l'arabe, ayant été élevé par un père féru d'éducation française, et une mère qui ne parle pas beaucoup. Il a pour la langue française, une attention aussi sensible, délicate, que celle de Marcel Pagnol enfant, pesant les mots, les comparant, et lorsqu'il s'agit de mots nouveaux, devinant leur sens au contexte.

lyci "Une année chez les français" est écrit à la 3ème personne, mais le narrateur s'exprime toujours dans le registre de Mehdi, l'enfant. Les affres de ses pensées, les joies passagères, les inquiétudes, et les révoltes, tout cela est distillé tout au long de l'année, avec la candeur de l'enfance.

schumannlombardbeliersoudan.jpgPour les nostalgiques du lycée Lyautey, même si l'auteur affirme : "ceci est un ouvrage de fiction", on retrouve avec délices moult détails précis, et... l'ambiance des années 70. Monsieur Lombard, le surveillant général, et le chaouch veillant sur la porte d'entrée. Et la mémorable visite du ministre Maurice Schumann entouré d'un aréopage de personnalités. Sans oublier le hâchis parmentier du samedi, à la demi-pension, et la cérémonie de distribution des prix. Fouad Laroui, pour ce récit d'un charme fou, d'une grande justesse dans le dosage des sentiments, et d'une belle écriture, vous avez, selon moi, déjà le Goncourt. (A noter : ce livre a effectivement fait partie de la première sélection 2010 pour le Goncourt ; il est aussi sélectionné pour le Grand Prix du Roman Métis 2010, de la ville de Saint-Denis de la Réunion)

Sur le net, en cherchant un peu, on peut retrouver dans les vieilles photos de classe, celle où figure justement Fouad Laroui en classe de 6ème à Lyautey, lui-même, comme son personnage, boursier venant du bled, petit garçon à lunettes, debout au premier rang à gauche.

  fouadlaroui

 

 

Par Adelie - Publié dans : Littérature
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