Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 15:23

fenetre1 Juillet 2011 - Bangkok, la ville aux gratte-ciels débridés, conserve aussi de vieilles maisons aux fenêtres enchassées dans les moulures, protégées du soleil sous les dentelles des lambrequins, et ... empêtrées dans les fils électriques, omniprésentes toiles d'araignées...

Ici, une maison non loin de la rivière Chao Phraya, dans la vieille ville, face au temple Arun. Les habitants des premiers étages n'ont qu'à étendre la main pour toucher les câbles électriques. Après avoir beaucoup regretté leur présence sur mes photos, j'en ai pris mon parti, voire même, j'y ai trouvé un intérêt, comme si ces vieilles fenêtres étouffées par la fée electricité, exigeaient d'avoir tout de même leur place quelque part pour laisser planer encore quelques secrets, quelques regards...

Voici donc ci dessous une petite collection de fenêtres, de Bangkok à Chiang-Mai...

Certaines façades ne se contentent pas de se cacher derrrière des réseaux de fils électriques, elles arborent également d'énormes boîtes de dérivations suspendues entre deux poteaux. Le quartier chinois de Bangkok est incroyablement câblé

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Affecteraient-elles, ces fenêtres, de croire être entourées de filins de marine à voile, de haubans de navires en partance, après tout, la ville de Bangkok est bâtie le long d'une grande rivière très parcourue, et puis l'atmosphère est chargée d'humidité, le crachin de la pollution, ou bien celui que le Chao Phraya emporte souleve avec le vent,... Bangkok-sur-mer ? 

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Dans d'autres courts articles, promis, je vous emmène voir d'autres fenêtres de Thaïlande, non contrariées par les éclectiques toiles d'araignées. Et puis des buildings aux cîmes fantaisistes, et des maisons sur pilotis le long des klongs (canaux dans la ville, qui font de Bangkok une Venise asiatique).


Par Adelie
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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 12:32

larouiUne année au Lycée Lyautey de Casablanca. Un petit marocain épris de lecture, arrive à l'internat de Lyautey, lycée français, accompagné, en guise d'offrande, de deux dindons ligotés par les pattes. Un coup de Mokhtar, son oncle. Tout ignorant qu'il est, ce Mokhtar, dans sa grande djellabah marron, il sent la nécessité de marquer cet enfant dés son entrée chez les français, d'un geste de savoir-vivre oriental. Tout pauvre qu'il est, il a le panache, ce geste large et fier dont les riches sont parfois incapables. Offrir des dindons. Une fierté pour lui, donateur, mais une honte dans tout le lycée, pour l'enfant ainsi distingué. La "rh'chouma" (en arabe, la honte) ou la fierté.

Ce roman se lit d'un trait, il vous attache le coeur, et vous laisse des échos longtemps. Ceux de tous les enfants décalés, jetés seuls au milieu de la foule du lycée, à assumer leurs différences.

La première différence de Mehdi, le personnage du livre, c'est d'être accro à la lecture, au point de lire de son propre chef, tous les classiques qui lui tombent sous la main. Il est bien entendu premier de la classe. La deuxième différence de Mehdi, c'est celle de la langue : curieusement, il ne comprend pas bien l'arabe, ayant été élevé par un père féru d'éducation française, et une mère qui ne parle pas beaucoup. Il a pour la langue française, une attention aussi sensible, délicate, que celle de Marcel Pagnol enfant, pesant les mots, les comparant, et lorsqu'il s'agit de mots nouveaux, devinant leur sens au contexte.

lyci "Une année chez les français" est écrit à la 3ème personne, mais le narrateur s'exprime toujours dans le registre de Mehdi, l'enfant. Les affres de ses pensées, les joies passagères, les inquiétudes, et les révoltes, tout cela est distillé tout au long de l'année, avec la candeur de l'enfance.

schumannlombardbeliersoudan.jpgPour les nostalgiques du lycée Lyautey, même si l'auteur affirme : "ceci est un ouvrage de fiction", on retrouve avec délices moult détails précis, et... l'ambiance des années 70. Monsieur Lombard, le surveillant général, et le chaouch veillant sur la porte d'entrée. Et la mémorable visite du ministre Maurice Schumann entouré d'un aréopage de personnalités. Sans oublier le hâchis parmentier du samedi, à la demi-pension, et la cérémonie de distribution des prix. Fouad Laroui, pour ce récit d'un charme fou, d'une grande justesse dans le dosage des sentiments, et d'une belle écriture, vous avez, selon moi, déjà le Goncourt. (A noter : ce livre a effectivement fait partie de la première sélection 2010 pour le Goncourt ; il est aussi sélectionné pour le Grand Prix du Roman Métis 2010, de la ville de Saint-Denis de la Réunion)

Sur le net, en cherchant un peu, on peut retrouver dans les vieilles photos de classe, celle où figure justement Fouad Laroui en classe de 6ème à Lyautey, lui-même, comme son personnage, boursier venant du bled, petit garçon à lunettes, debout au premier rang à gauche.

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Par Adelie
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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 16:03

taxis.JPGLes "petits taxis" sillonnent Casablanca, slaloment, retournent, reviennent, repartent, ils vous prennent en charge d'un bout à l'autre de la ville, ils sont le lien, ils font la sève des grandes artères, du boulevard Mohamed V à Mers Sultan, partout, ils sont là, quelques fois en meutes aux feux rouges, nerveux, vérifiant les passants qui les hèlent depuis le trottoir. 

Pour conduire dans Casa aux heures de pointe, il faut des nerfs d'acier. C'est une qualité courante des chauffeurs de taxi types ; restant sereins dans les encombrements, prêts pourtant, à se dégager d'un vif coup de volant, déboîtant, frôlant quelques fois l'accident, et ... klaxonnant toutes les dix secondes. De fait, au centre ville, c'est un fréquent concert de klaxon. Mais ne nous méprenons pas : le coup de klaxon casablancais, n'a absolument rien d'une insulte de charretier. Klaxonner est simplement le moyen de faire savoir qu'on est présent dans la file d'à côté, qu'on va sans doute amorcer, peut-être, un contournement, donc, bougez-vous de là ... klaxonner ne veut dire pas dire "danger", mais juste : "laissez-moi donc passer".  

hmarL'insulte la plus typique du chauffeur de taxi serait, selon mes statistiques : "vite, espèce d'âne !" "zid a h'mar !" Que dire d'un automobiliste qui malgré un répertoire plutôt riche en insultes fleuries, voire obscènes, choisit la sobre apostrophe d'âne, ou "h'mar" ? Quoi ? juste une allusion à ce gentil petit animal à qui nos parents nous ont forcément un jour ou l'autre comparés lorsqu'on ramenait une mauvaise note ?  Nous dirons qu'il ne peut être mauvais, ce chauffeur qui vous taxe d'âne, comment ? une telle sobriété, un si manifeste self-controle, voila qui fait du taximan casablancais un automobiliste incomparable. 

Par Adelie
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Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 19:17

sfenjeLe sfenje ? c'est un beignet marocain aussi rond qu'un zéro. C'est ainsi que lorsque nous avions raté un devoir, certains professeurs nous pointaient du doigt en disant : "Toi : SFENJA !" Alors nous rentrions sous terre, humiliés, évitant de croiser du regard le geste éloquent du docte professeur, imitant le zéro, arrondissant le pouce et l'index... Un zéro à l'école ? - affront total, définitif, expression à la fois du zéphir et du vide, se dessine, le zéro, cette rondeur, comme une amorce de la voûte céleste ou de l'infini, le zéro : ça vous démolit le pire des cancres, ça vous écrase le voyou le plus rebelle. Paradoxe autant comique que dérisoire ! autant le cancre pavoise à l'idée d'une retenue ou autre sanction, qui le grandit aux yeux de ses admirateurs et admiratrices, dans son rôle de pourfendeur de l'ordre établi, autant la sanction du zéro lui est fatale, et le tue sur la place publique. Lui qui ne fait aucun compte de sa moyenne trimestrielle, le voilà considérant le zéro comme l'offense la plus déshonorante. "Sfenja" ! Comme si on insultait sa mère.

Zéro ou pas, le sfenje était  autrefois fort prisé, et vendu, dans tout Casablanca, et notamment aux abords du lycée Lyautey : on achetait ses beignets en quantités, 6, 7, 8, 12, que le vendeur enfilait en collier autour d'un long brin d'herbe, appelons ça un brin d'art de vivre ! On se promenait dans la rue en se délectant, déambulant  lentement les doigts gras, enfournant la chair moelleuse dans nos bouches affamées, se moquant déjà des possibles zéros, oubliant la sanction, et consommant à plaisir. On trouve encore des sfenjes dans Casablanca, entre deux "Pizza Hut", vous en trouvez. Et aussi la recette sur Internet.


Par Adelie
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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 19:32

amvoil.JPG Le film marocain "Amours voilées", ("Hijab el hob"), où comment l'arbre  peut cacher la forêt. Où il est (apparemment) question d'une hélas banale histoire d'amour hors mariage. Prétexte pour un débat sur le port du voile et sa symbolique. Où derrière l'histoire s'en cache une autre, celle du non-engagement, celle de l'impermanence, ne jamais dire "toujours", se protéger, frileux...

Explications : le pitch est simple, Batoul (dont le personnage est joué par la très belle Hayat Belhalloufi), jeune marocaine d'un milieu aisé, médecin à l'hôpital Averroès, tombe amoureuse de Hamza (Younès Megri), décorateur, quadragénaire divorcé, libre-penseur. La jeune femme est tiraillée entre la tradition et son élan amoureux pour un homme bien décidé à ne pas fonder une famille avec elle. Tout ça ressemble un tantinet à un roman photo, du moins au début du film, beaux acteurs un peu lisses, environnement bourgeois, intrigue amoureuse sans grande envergure. Mais au fur et à mesure que le film avance, la complexité grandissante n'est pas dénuée d'intérêt : Batoul ne parvient pas à rompre ; elle finira même par renouer avec Hamza, en pleine période de Ramadan, courant vers lui, voilée. Aziz Salmy, le réalisateur, insiste en sous teinte, doucement, sur cette diabolique tentation ... se servir du port du voile, pour passer incognito dans la ville, aux yeux de tous, un peu plus anonyme, un peu plus secrète, et vivre un amour fou, hors des règles établies. Le voile, cachant la vérité ? le film, en arrière-plan, joue avec cette tentation scandaleuse ; ce n'est jamais dit, jamais ouvertement exprimé, mais peu à peu l'idée crève l'écran ! le voile sensé préserver la chasteté, pourrait au contraire permettre de l'entâcher. Batoul, tout comme l'une de ses meilleures amies, s'essayera aussi au port de la perruque, masquant en partie son identité. 

femmesvoil.JPGDepuis 2008, date de sa sortie, "Amours voilées" a fait l'objet de violents débats. Il a été question d'interdire le film. Transgression, blasphème, provocation, les défenseurs de la tradition n'y vont pas de main morte. Pourtant, aucune voix ne s'élève contre le soi-disant bien fondé du personnage de Hamza. Ce consommateur de la Femme. Cet homme qui se prétend libre, puisqu'il refuse l'hypocrisie d'une certaine société traditionnelle, puisqu'il se moque des rites religieux, cet homme, cependant, tremble de peur à l'idée d'être enfermé à nouveau dans le rôle de mari et de père. Non au mariage, dit-il. Non à la paternité. Pas d'engagement. Car s'engager, c'est prendre un risque, hypothéquer son avenir, et finalement, allons plus loin, ne traversons jamais la rue, ça pourrait être dangereux, on risquerait l'accident, n'est-ce pas ? annas.JPGalors où est le vrai débat ? est-il sur le voile ? ou bien sur la fraîcheur qui n'est plus ? celle qu'on ne trouve plus chez l'homme rassis, confit, déjà, dans son expérience des femmes, et incapable d'envolées. Refaisant avec chacune de ses conquêtes ... les mêmes gestes, la même visite au centre commercial pour des emplettes de beaux vêtements, les mêmes restaurants, les mêmes mises en scène... Finalement, il reste dans cette petite société que passe en revue le film, Annas, l'amoureux sans retour, personnage simple, empêtré dans sa timidité, dans le respect de la foi religieuse, mais dont la grandeur éclate au grand jour. Voilà qui renverse les idées reçues. Le libre-penseur s'éloigne de l'écran et rapetisse, poor lonesome cowboy, il repart avec ses idées modernes convenues et prévisibles. Quant au falot personnage d'Annas (Aziz Hattab), a priori incapable de surprendre, sans caractère, il va s'affirmer dans les dernières minutes du film, grandir, le boulanger de Marcel Pagnol, une belle âme, en fait. Un film à voir, photographie d'une société intelligente, qui se cherche et qui réfléchit, qui débat. Une fois dépassée la première sensation, fugitive, de voir un téléfilm sentimental assez moyen, on découvre un angle de vue plus original qu'il n'y paraissait et on se prend au jeu. On se dit que c'est du bon cinéma.

Documentation sur le cinéma marocain :

CCMCentre Cinématographique Marocain : possibilité de télécharger une filmographie marocaine, de 1958 à 2008. Rubrique sur les différents festivals. Prochainement, en décembre 2010, Festival international du film de Marrakech.


panoramacinemaFNAC : DVD "Panorama du cinéma marocain", coffret de 5 films : "Wechma" de Hamid Benani, "Mirage" de Ahmed Bouanani, "La prière de l'absent" de Hamid Benani, film adapté d'un roman de Tahar Ben Jelloun, "Les Casablancais", d'Abdelkader Lagtaâ, et "Le cheval de vent", de Daoud Aoulad Syad.

 

Par Adelie
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